Un tiers des jeunes interrogés à risque de détresse psychologique : le lycée, vrai point de bascule

Cour d'un lycée public avec un banc, une jeune adulte de dos regardant son téléphone, sac posé à côté

Vous avez un enfant au lycée, ou vous y êtes vous-même ? Les nouveaux résultats de l’étude Mentalo, menée par l’Inserm et l’université Paris Cité, montrent qu’un tiers des jeunes interrogés risque la détresse psychologique. Le passage au lycée marque un vrai décrochage du bien-être, surtout chez les filles. Pression scolaire, écrans et solitude pèsent lourd.

En bref

  • Un tiers des participants à l’étude Mentalo présente un risque de détresse psychologique et des signes de fragilité anxio-dépressive.
  • Seules 40 % des filles se sentent bien ou très bien, contre 60 % des garçons, avec un pic d’anxiété au lycée.
  • Au moins sept heures d’écrans par jour multiplient par 2,5 le risque de détresse ; la solitude peut le tripler.

Le chiffre clé : 87 % des jeunes interrogés disent ressentir une pression à la réussite.

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Le lycée fait chuter le bien-être, surtout chez les filles

Les chiffres dessinent une pente. Parmi les collégiens, 63 % disent aller bien ou très bien. Chez les lycéens, cette part tombe à 50 %, puis elle continue de reculer chez les jeunes adultes. L’entrée au lycée pèse donc dans le ressenti, et la tendance se poursuit ensuite.

Le clivage entre filles et garçons est net. 60 % des garçons déclarent se sentir bien ou très bien mentalement. Chez les filles, la proportion tombe à 40 %.

Groupe Se sent bien ou très bien
Collégiens 63 %
Lycéens 50 %
Garçons 60 %
Filles 40 %

Pour Karine Chevreul, professeure de santé publique et directrice du projet Mentalo, le lycée est un moment charnière :

« Le lycée est un virage pour la santé mentale. Pour les filles, c’est à cette période que l’on remarque un pic d’anxiété. »

Karine Chevreul, directrice du projet Mentalo

Elle rappelle que le constat n’est pas nouveau : plus les jeunes grandissent, plus le bien-être diminue, tandis que l’anxiété et la dépression augmentent.

La pression à la réussite arrive en tête des causes citées

Quand les participants expliquent pourquoi leur état psychologique a changé, la scolarité arrive très largement en premier. Un événement lié à l’école ou aux études (Pronote, Parcoursup, amis, relation amoureuse) est cité dans 34 % des cas. Dès qu’il s’agit d’une dégradation de la santé mentale, c’est plus d’un cas sur deux.

Autre chiffre qui frappe : 87 % des jeunes interrogés disent ressentir une pression à la réussite. Presque tous, donc, vivent avec cette exigence en toile de fond.

Karine Chevreul décrit une ambiance de concurrence permanente : « On est comme en compétition tout le temps. » Elle cite Pronote en exemple. Autrefois, l’élève recevait un bulletin par trimestre. Aujourd’hui, chaque note est connue aussitôt, avec sa place par rapport au reste du groupe.

L’étude paraît alors que la mobilisation des lycéens contre Parcoursup ne faiblit pas. Le malaise mesuré par les chercheurs fait écho à ce qui se dit dans la rue.

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Sept heures d’écrans par jour multiplient le risque par 2,5

Les chercheurs observent un lien direct entre le temps passé devant les écrans et la détresse psychologique : plus l’exposition augmente, plus la santé mentale se dégrade. Chez les jeunes qui passent au moins sept heures par jour sur leurs écrans, hors travail scolaire, le risque de détresse est 2,5 fois supérieur à celui des plus faibles utilisateurs.

Les réseaux sociaux sont particulièrement visés. Les jeunes qui se jugent dépendants voient leur risque de détresse augmenter d’environ 50 %. Karine Chevreul y voit un effet de comparaison : les jeunes se mesurent sans cesse aux autres et ont souvent une mauvaise estime d’eux-mêmes, ce qu’elle appelle « une distorsion de la norme ».

Tous les écrans ne se valent pas. Les jeux vidéo apparaissent même comme protecteurs. Les jeunes qui se disent dépendants aux jeux vidéo ont davantage de chances d’être en meilleure santé mentale, ce que les chercheurs expliquent par la dimension sociale des jeux multijoueurs. Selon la professeure, tout dépend de l’usage, du temps consacré et du moment.

Près de 40 % des jeunes se sentent seuls, avec un risque jusqu’à trois fois plus élevé

La solitude est l’autre facteur fortement associé à une mauvaise santé mentale. Près de 40 % des jeunes interrogés déclarent se sentir seuls. Pour eux, le risque de détresse psychologique peut être jusqu’à trois fois plus élevé.

Reste une question que les chercheurs ne tranchent pas : les jeunes se sentent-ils seuls parce qu’ils vont mal, ou vont-ils mal parce qu’ils se sentent seuls ? La seule certitude, c’est que la solitude est corrélée à une dégradation de la santé mentale. L’étude ne démontre pas une cause unique.

Un détail change la lecture des écrans : ceux qui ne se sentent pas seuls sont deux fois moins nombreux à passer plus de cinq heures par jour devant. Et se sentir seul n’est pas la même chose qu’être seul et isolé, insiste Karine Chevreul.

Parler à quelqu’un reste le premier geste recommandé

Karine Chevreul appelle à mieux informer les jeunes sur leur santé mentale. Le nœud du problème, selon elle, est de reconnaître les signes d’un mal-être et de savoir quoi faire pour aller mieux. Les pistes qu’elle évoque sont variées :

  • des activités associatives ;
  • des jeux en ligne, comme forme de socialisation ;
  • s’occuper d’animaux ;
  • faire du sport.

Le geste prioritaire reste le plus simple : « la première chose à faire, quand on se sent mal, c’est d’en parler à quelqu’un », dit-elle. Pour la chercheuse, c’est déjà une façon de reconnaître soi-même la difficulté.

Elle y ajoute un rappel : tout le monde a une santé mentale, et chacun est un jour moins en forme. Être fort, c’est accepter que la sienne soit dégradée.

Vos questions

Que mesure l’étude Mentalo ?

Menée par des chercheurs de l’Inserm et de l’université Paris Cité, elle évalue le bien-être des jeunes. Un tiers des participants présente un risque de détresse psychologique et des signes de fragilité anxio-dépressive. Le projet est dirigé par la professeure Karine Chevreul.

Les écrans sont-ils tous mauvais pour la santé mentale ?

Non. Le risque de détresse monte avec le temps d’écran, et il est 2,5 fois plus élevé à partir de sept heures par jour. Mais les jeux vidéo apparaissent comme protecteurs, en raison de leur dimension sociale. Tout dépend de l’usage, du temps et du moment.

Que faire quand on se sent mal ?

La première chose à faire est d’en parler à quelqu’un, selon Karine Chevreul. Elle cite aussi les activités associatives, les animaux ou le sport comme manières de se sentir mieux. Reconnaître que sa santé mentale est dégradée fait partie du chemin.

Sources : CNews.

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