Parcoursup : pourquoi les lycéens réclament sa suppression, et ce que le sociologue Alban Mizzi recommande

Manifestants de dos brandissant des pancartes sans texte lisible lors d'un cortège contre Parcoursup, place d'une grande ville

Vous êtes en terminale, ou vous le serez bientôt ? Dans les cortèges, les lycéens brandissent des pancartes contre Parcoursup et demandent sa suppression. Le gouvernement refuse, mais Sébastien Lecornu a lancé cinq chantiers, dont un sur la transparence, avec des annonces promises d’ici à la fin octobre. Voici ce qui pourrait changer.

En bref

  • Les syndicats lycéens et étudiants demandent la suppression de Parcoursup et la création de milliers de places dans le supérieur.
  • Sébastien Lecornu a annoncé cinq chantiers, dont la transparence de la plateforme, avec des annonces promises d’ici à la fin octobre.
  • En juillet dernier, environ 130 000 candidats n’avaient reçu aucune proposition à l’issue de la phase principale.

Le chiffre clé : 130 000, candidats sans aucune proposition à l’issue de la phase principale, en juillet dernier.

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Les lycéens réclament la suppression, le gouvernement défend Parcoursup

Dans les cortèges lycéens, les slogans sont directs : « Nos rêves ne rentrent pas dans une case Parcoursup », « Notre avenir n’est pas un algorithme », « Le tri sélectif, c’est pour les déchets, pas pour les élèves ». Les syndicats lycéens et étudiants demandent la suppression de la plateforme et la création de milliers de places dans le supérieur. Leur objectif : que le baccalauréat garantisse à chacun l’accès à une licence.

Le gouvernement ne veut pas tourner la page. Le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, rappelle qu’« il n’y a jamais eu autant d’élèves des académies de Créteil et de la Seine-Saint-Denis, qui font leurs études à Paris depuis qu’il y a Parcoursup ». La porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, estime que la plateforme « fonctionne » et qu’elle a été mise en place « pour de bonnes raisons ».

Pour autant, rien n’est figé. Face à la contestation, le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé cinq chantiers, dont un consacré à la « transparence de Parcoursup ». Des annonces sont promises d’ici à la fin du mois d’octobre. À l’autre bout du spectre, Nicolas Dupont-Aignan, candidat à la présidentielle de 2027, a martelé sur CNEWS : « Il faut supprimer Parcoursup ».

Classer ses vœux dès le départ pour raccourcir l’attente

Le sociologue Alban Mizzi a passé quatre ans à étudier la plateforme dans le cadre de sa thèse. Il plaide pour une procédure « plus transparente et moins longue ».

Sa piste principale : rétablir le classement des vœux dès le début. Les candidats indiqueraient leurs préférences d’emblée. Dès qu’ils obtiennent une proposition qui leur convient, les places liées à leurs vœux moins bien classés se libéreraient automatiquement. Les délais seraient nettement réduits et les files d’attente ne s’éterniseraient plus.

L’enjeu est très concret. En juillet dernier, environ 130 000 candidats n’avaient reçu aucune proposition à l’issue de la phase principale. Pour eux, cela a signifié des jours d’angoisse supplémentaires.

Les élèves ne sont pas égaux face à la plateforme, malgré les quotas de boursiers

Les quotas de boursiers existent, mais Parcoursup continue de reproduire les inégalités. Les élèves les plus favorisés, dont les parents connaissent les rouages du supérieur, comprennent mieux l’outil et peuvent bâtir « une stratégie », souligne Alban Mizzi dans sa thèse.

La mise en compétition pèse aussi sur le moral. « Vous scrollez tout le temps, c’est compulsif », observe le sociologue à propos du rapport des lycéens à la plateforme. Le stress gagne les familles : selon un sondage de L’Étudiant, un parent sur trois déclare que cette période d’orientation perturbe son sommeil. Dès 2022, Emmanuel Macron parlait d’« usine à stress » et appelait à accompagner plus tôt la réflexion des élèves sur l’orientation.

L’accompagnement reste le point central. Édouard Philippe, Premier ministre au lancement de la plateforme, a reconnu jeudi sur France 2 : « Lorsque Parcoursup a été inventé, on avait imaginé que deux professeurs principaux seraient affectés à chaque classe de terminale pour accompagner les élèves dans leur orientation. Je pense que ce système ne suffit pas ». L’Union étudiante réclame, parmi ses dix revendications prioritaires, « un conseiller d’orientation pour 500 élèves ».

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Les refus restent inexpliqués, et c’est là que la transparence coince

En huit ans, Parcoursup a publié de nombreux documents et a même rendu public son algorithme. Cela ne suffit pas : selon Alban Mizzi, les lycéens manquent « de repères ». Il compare la situation à une carte très détaillée, avec chaque route et chaque ville, mais sans le « vous êtes ici ».

L’absence d’explications sur les refus cristallise les frustrations. « Je ne comprends pas pourquoi je n’ai eu aucune affectation », témoigne une bachelière auprès de France 24. Son profil est pourtant solide : près de 15 de moyenne, déléguée de classe, latiniste, sportive, avec une mention « assez bien » au bac.

Chaque formation fixe ses propres critères, appliqués par les commissions d’examen des vœux (CEV), dont les méthodes restent peu lisibles. Alban Mizzi propose d’y intégrer « des représentants étudiants », non pour participer à la sélection, mais pour en observer le déroulement.

Une mission parlementaire, dans un rapport publié début 2026, avance trois autres pistes :

  • mieux documenter les algorithmes locaux ;
  • préciser quels critères sont pris en compte, et à quel stade ;
  • supprimer la mention du lycée d’origine dans les dossiers transmis aux formations.

Sans places supplémentaires, les filières les plus demandées resteront sous tension

Même plus transparent, Parcoursup ne réglera pas tout. Le manque de places touche d’abord les filières les plus demandées : le droit, la psychologie, les STAPS ou le PASS.

« Faire baisser la tension à l’entrée du supérieur suppose aussi d’ouvrir des places à l’université. Cela relève d’un choix politique, que l’on est prêt à faire ou non pour notre jeunesse. »

Annabelle Allouch, sociologue, auprès du Monde

Pour les futurs bacheliers, rien n’est encore acté. Les chantiers de Sébastien Lecornu doivent donner lieu à des annonces d’ici à la fin octobre. Voici les pistes actuellement sur la table :

Piste Portée par Effet visé
Classement des vœux dès le début Alban Mizzi Libérer les places plus vite, réduire l’attente
Représentants étudiants dans les CEV Alban Mizzi Observer le déroulement de la sélection
Algorithmes locaux documentés, critères précisés, lycée d’origine supprimé Mission parlementaire Plus de transparence
Un conseiller d’orientation pour 500 élèves Union étudiante Meilleur accompagnement
Ouvrir des places dans le supérieur Syndicats lycéens et étudiants Garantir l’accès à une licence

Vos questions

Parcoursup va-t-il être supprimé ?

Pas pour l’instant. Le ministre Édouard Geffray et la porte-parole Maud Bregeon défendent la plateforme. Le Premier ministre a toutefois annoncé cinq chantiers, dont un sur la transparence, avec des annonces promises d’ici à la fin octobre.

Quelle piste pourrait réduire l’attente des candidats ?

Le sociologue Alban Mizzi propose de rétablir le classement des vœux dès le début de la procédure. Les places des vœux moins bien classés se libéreraient alors dès qu’une proposition convient. En juillet dernier, environ 130 000 candidats n’avaient reçu aucune proposition à l’issue de la phase principale.

Pourquoi les refus sont-ils si difficiles à comprendre ?

Chaque formation définit ses propres critères, appliqués par les commissions d’examen des vœux, dont les méthodes restent peu lisibles. Une mission parlementaire propose de mieux documenter les algorithmes locaux et de préciser les critères pris en compte, ainsi que le stade où ils interviennent.

Sources : CNews, Le HuffPost.

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