3 000 professeurs remplaçants pour 114 lycées en difficulté : pourquoi les syndicats parlent de bricolage

Deux enseignants adultes de dos consultent un tableau d'affectations affiché dans une salle des professeurs de lycée

Des heures de cours qui manquent, des familles qui s’inquiètent : le gouvernement puise dans sa réserve pour envoyer 3 000 professeurs remplaçants vers les lycées les plus touchés. Ils sont déjà titulaires, leurs affectations tombent début de semaine, et les syndicats doutent que cela tienne jusqu’à l’hiver.

En bref

  • Les 3 000 remplaçants sont des TZR, titulaires jusque-là non affectés devant élèves, envoyés en priorité dans 114 lycées en situation rouge.
  • Plusieurs centaines de contractuels sont recrutés en parallèle, et des heures supplémentaires du Pacte enseignant sont débloquées pour les volontaires.
  • Les syndicats craignent un vivier de remplaçants vidé dès l’hiver et des postes qui ne correspondent pas aux matières manquantes.

Le chiffre clé : 3 000, professeurs remplaçants titulaires déployés dans les lycées les plus en difficulté.

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Les 3 000 remplaçants sont des titulaires jusque-là sans classe

Ce ne sont pas des postes créés. Les professeurs annoncés par Édouard Geffray sont des TZR, des titulaires sur zone de remplacement. Ils sont fonctionnaires de l’Éducation nationale, rattachés administrativement à un établissement, et remplacent des collègues absents, parfois dans plusieurs lycées. Leurs déplacements sont indemnisés.

Jusqu’ici, ils n’étaient pas affectés devant des élèves. Le ministre l’assume : ces enseignants auraient peut-être été mobilisés « dans trois semaines ou dans un mois ». Il a préféré les utiliser tout de suite plutôt que de les garder en réserve.

Le ministère explique avoir repéré les lycées à secourir grâce à un outil informatique récemment mis au point. Il sert à évaluer les besoins de remplacement établissement par établissement. Reste une question que l’opposition ne manque pas de poser : pourquoi ne pas l’avoir fait plus tôt ?

Le ministre reconnaît aussi un afflux d’absences en septembre et en octobre, notamment à cause de congés de naissance pris rétroactivement par des enseignants.

114 lycées en situation rouge passent en premier

Le ministre a présenté le dispositif jeudi 8 octobre sur TF1. Son nouvel outil classe les lycées selon leur niveau de difficulté en matière de remplacement. Les 114 établissements « rouges » manquent de professeurs depuis plusieurs semaines. Ils sont servis en priorité.

Catégorie Nombre de lycées Traitement
Rouge 114 Priorité pour les moyens annoncés
Orange 400 Suivis par le ministère

Les enseignants doivent connaître progressivement leur affectation d’ici au début de la semaine prochaine. Les TZR sont d’ordinaire mobilisés pour des remplacements de plus de 15 jours.

Le contexte pèse lourd : selon un récent rapport parlementaire, environ 7,5 % des heures d’enseignement ne sont pas assurées dans le second degré faute de remplacement.

Des contractuels et des heures supplémentaires débloqués en parallèle

L’État ne mise pas que sur les TZR. Plusieurs centaines de contractuels sont recrutés, avec une audition par les inspecteurs. Au total, le nombre de remplaçants mobilisés devrait avoisiner les 4 000.

Autre levier, qui touche directement la rémunération des enseignants : le déblocage de plusieurs centaines de milliers d’heures supplémentaires dans le cadre du Pacte enseignant, pour les volontaires.

Le Snes-FSU rappelle qu’en septembre, les dotations avaient été fortement réduites. Sa secrétaire générale, Sophie Vénétitay, s’indigne : « Trois semaines après, comme par magie, des crédits reviennent ! »

Pour les familles, l’enjeu est simple : savoir si ces moyens se traduisent par un professeur devant la classe, dans la bonne matière.

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Les syndicats redoutent de déplacer le problème plutôt que de le régler

Premier doute : la discipline. Olivier Beaufrère, du SNPDEN, illustre : si un lycée cherche un professeur de français et que seul un TZR d’espagnol est disponible, c’est « techniquement compliqué ». Les rectorats devront ajuster localement, sans garantie que les moyens collent partout aux besoins.

Deuxième doute : le calendrier. Selon lui, avoir des enseignants devant les élèves dès lundi ou mardi semble techniquement court. Un retour des vacances de la Toussaint lui paraît plus réaliste.

Troisième doute : l’après. En affectant tous les TZR disponibles, le ministère risque d’assécher le vivier alors que maladies et congés se multiplient en hiver.

« On déplace le problème de début octobre à la fin de l’année »

Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU

Jérôme Fournier, du SE-Unsa, juge les contractuels efficaces seulement si l’on rappelle des enseignants expérimentés non renouvelés à la rentrée. Il alerte aussi sur les conditions de travail des TZR, déjà amenés à couvrir de vastes zones.

Une mobilisation qui continue malgré l’annonce

Plus de 71 000 personnes ont défilé jeudi. Vendredi, 96 % des lycées étaient ouverts selon le ministère. L’intersyndicale espère un regain de mobilisation mardi 13 octobre.

Certains lycéens estiment ne recevoir que des « miettes ». Les Républicains dénoncent un manque d’organisation rue de Grenelle, La France insoumise accuse le ministre de se moquer de la colère lycéenne.

Édouard Geffray assure que les règles d’affectation ne changent pas et qu’un nouvel outil « dopé à l’IA » optimise les déplacements des remplaçants. Les prochains jours diront si les 114 lycées rouges voient réellement arriver des professeurs.

Vos questions

D’où viennent les 3 000 professeurs remplaçants ?

Ce sont des TZR, des titulaires sur zone de remplacement. Ils n’étaient pas encore affectés devant des élèves. Le ministère les répartit désormais dans des lycées qu’il a ciblés.

Quand les remplaçants arrivent-ils dans les lycées ?

Les enseignants doivent connaître leur affectation d’ici au début de la semaine prochaine. Olivier Beaufrère, du SNPDEN, juge un retour des vacances de la Toussaint plus réaliste pour voir des professeurs devant les classes.

Pourquoi les syndicats parlent-ils de solution de dernière minute ?

Ils redoutent que les remplaçants ne correspondent pas aux matières manquantes. Ils craignent aussi que le vivier de TZR soit vide pour l’hiver, au moment où les absences augmentent.

Sources : CNews, Europe 1, L’Etudiant.

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